Jauja de Lisandro Alonso

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26042015

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Jauja de Lisandro Alonso




Si j'ai du goût, ce n'est guère / Que pour la terre et les pierres, écrivait Arthur Rimbaud ; cette terre aride, désertique, admirablement déroutante nous est offerte là-bas dans cette Patagonie mystérieuse, et l’on se surprend à l’aimer et à la désirer : et pourtant rien ne pouvait nous le laisser présager.
Voici un film fort singulier où l’onirisme et le mysticisme s’unissent sur l’autel grandiose de la toile ou plutôt des toiles, car nous sommes bien là en présence d’un cinéma « pictural » dont chaque image déverse en notre œil son torrent de pigments. Le réalisateur nous invite à rentrer dans son œuvre ; à nous d’entrouvrir la porte – ou pas – ; mais si l’on ose se laisser transporter dans cet univers singulier, nul doute que nous n’assisterons pas à un film mais que nous le vivrons et deviendrons la matière même de l’œuvre.
Cette terre nous pouvons la sentir vivre au tréfonds de notre cœur, attachée à notre œil enivré, et nous n’osons plus déplacer nos paupières de peur de la perdre ne fût-ce qu’un instant. Jauja est un film infiniment lent (d’une lenteur renforcée encore par des plans fixes, et dans lequel s’ébat une orgie de couleurs), ce qui peut en dérouter plus d’un (deux oiseaux de passage se sont aujourd’hui envolés durant la première heure lors de la projection à laquelle j’ai assistée) ce qui nous autorise à contempler et contempler encore ces paysages féeriques, ces personnages magnifiquement positionnés dans ce grand théâtre de la vie, et l’on croit voir quelquefois ce que l’œil a cru voir lorsque le réalisateur nous intime l’ordre d’entendre, de deviner le hors-champ, les nouvelles toiles prennent alors vie en nous dans cet autre imaginaire, le nôtre, que nous ne pouvons partager, même avec des mots. Mais de ce périple où rien ne semble bouger peuvent survenir des rencontres, des rebondissements, et quels rebondissements !
Si vous parvenez à vous laisser ingurgiter par cette terre vivante et vorace, vous voguerez sur les eaux délicates qui mènent à Jauja. A vous de voir ou plutôt de contempler…
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Le cavalier bleu

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Jauja de Lisandro Alonso :: Commentaires

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Message le Dim 26 Avr - 23:09 par Claire Rafin

J'ajoute juste ce soir ces vers de Cendrars extraits de la Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France :

Mon berceau
Il était toujours près du piano quand ma mère comme Madame Bovary
jouait les sonates de Beethoven
J'ai passé mon enfance dans les jardins suspendus de Babylone
et l'école buissonnière, dans les gares devant les trains en partance
Maintenant, j'ai fait courir tous les trains derrière moi :
Bâle-Tombouctou
J'ai aussi joué aux courses à Auteuil et à Longchamp
Paris-New York
Maintenant, j'ai fait courir tous les trains tout le long de ma vie
Madrid-Stockholm
Et j'ai perdu tous mes paris
Il n'y a plus que la Patagonie,
la Patagonie, qui convienne à mon immense tristesse,
la Patagonie, et un voyage dans les mers du Sud
Je suis en route.

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Message le Lun 27 Avr - 16:50 par didier loranchet

Que dire de plus!
tout est dit et si bien dit!
je me demande si nous ne pourrions pas afficher régulièrement sur le panneau de lutte des extraits des publications sur le forum comme ce très beau texte du cavalier bleu sur Jauja ainsi que ce poème de Cendrars?

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